

L'utilisation du foulard a toujours varié d'une société ou d'une époque à l'autre, il prend la langue que la personne qui le porte lui donne.
Originaire d'Afrique porté par les femmes noires, le moussor, le turban, le voile, le foulard, l'histoire derrière lui traduit un réflexe plus identitaire que religieux ou esthétique.
Cachez-moi ces cheveux que je ne peux pas voir!
TIGNON LAW
En cherchant l'histoire derrière le foulard, nous en apprenons plus sur nous-mêmes et sur la condition des femmes noires dans les sociétés occidentales.
En Louisiane, entre 1790 et 1800, pendant l'esclavage, les femmes noires et métisses libres mettaient dans leurs cheveux des bijoux et des accessoires qui attiraient l'attention des hommes blancs et rendaient leurs femmes jalouses. Une loi appelée la loi Tignon (tignon signifie couvre-chef) a été votée pour obliger toutes les femmes noires à cacher leurs cheveux par le port obligatoire du foulard.
Ils savaient peu de choses sur les femmes noires. Elles trouvaient des idées aussi ingénieuses les unes que les autres par des attachés sublimes et majestueux. Le foulard, signe distinctif et symbole de l'oppression, devint un véritable accessoire de mode.
Rencontre avec ses racines : le Tet Marét créole
Le foulard est aussi vieux que l'humanité. Aux Antilles, il est appelé marét de tèt, souvent fabriqué en tissu madras et symbolise la culture et le patrimoine créole. Il est intimement lié à l'esclavage et au tabou des cheveux crépus, symbole de force et de beauté chez les femmes noires.
Le mouchoir était une arme de répression, un moyen d'humilier et de dévaloriser la femme noire pour faire de ses cheveux crépus une honte. Nous connaissons aujourd'hui les dégâts que le tabou des cheveux crépus a causé et cause encore, même si les femmes noires redécouvrent et réapprennent à aimer leurs cheveux.
Ces femmes des îles, ainsi que les hommes, ont su en faire une véritable arme identitaire.
Un symbole de lutte, de rébellion et d'affirmation de soi
À travers l'histoire, les femmes ont porté le moussor par conviction tout en gardant le côté esthétique. Il s'agissait de porter le foulard pour éveiller les consciences. Les femmes revendiquaient leurs droits en portant ce signe extérieur sur la tête ou à la taille.
Au Mali, les femmes conscientes de leur rôle dans la lutte pour l'indépendance et l'intégration de leur pays participaient à la lutte anti-coloniale grâce à leurs mouchoirs. Cette lutte a été appelée "les mouchoirs de la solidarité".
Le mouchoir, de l'information à la révolution
Toujours appelé "mouchoir du savoir utile" en France, le mouchoir illustré de Rouen permettait aux soldats français illettrés de l'époque, 1890, de recevoir toute information au bout des doigts. Le commandant Perrinon en garnison à Rouen l'a détourné de sa fonction première (accessoire) pour en faire un outil indispensable dans les bagages des soldats. Il a été fabriqué à Rouen, en France.
Il l'a utilisé comme une véritable carte pour les soldats, un manuel de survie (utilisation d'un fusil, d'un bandage, d'un calendrier, d'un pansement etc.) Elisabeth Bassargette nous en parle dans le tome 30 de la collection "Histoire de l'éducation", 1986 p.61-66
www.invalides.org sur le mouchoir illustré de Rouen
L'expression du patriotisme, le "Made In".
Aujourd'hui, même si l'aspect esthétique domine, le côté revendicatif du port d'un foulard trouve davantage son sens. On remarque que chez les célébrités, noires en particulier, une fois qu'un certain niveau de succès a été atteint, un retour aux sources devient nécessaire. La recherche de leurs racines, le partage de leur culture noire et de l'art africain est la force de leur travail pour devenir de véritables modèles et donner sens à leur travail en essayant d'impacter positivement les autres pour déconstruire certaines croyance péjoratives sur la mode noire, d'origine africaine. Beyoncé en écharpe, Solange, Rihanna ... même les hommes s'impliquent.